Elisa paye 1050 € par mois pour un grand appartement rongé par l’humidité. Mbo, elle, en a pour près de 700 €. Elisa suit des stages en nettoyage-repassage et sa sœur est auxiliaire de vie. « C’est l’enfer ici. Les murs, le plafond sont pourris. Il y a même des fissures », gronde Mbo. Comme elle, sa sœur a réussi à faire d’un appartement où rien n’est aux normes un nid douillet. « Tous les travaux d’isolation, c’est moi qui les ai faits. S’il pleut, l’eau coule sur l’armoire électrique », soupire Elisa.
Et dans les parties communes, des fils électriques pendent et aucune lampe ne fonctionne dans la cage d’escalier. Un fonctionnaire municipal approche un appareil de détection du mur : « 100% d’humidité », tranche-t-il.
Devant ce tableau, Philippe Sarre se veut rassurant. « C’est terminé. Vous ne payez plus vos loyers, explique-t-il aux deux sœurs. On fera le nécessaire : il ne faut pas qu’il s’en tire! » gronde l’élu. « Il », c’est le propriétaire de cet ensemble, qui n’habite pas Colombes mais dispose de résidences à Rennes, Chamonix, Belle-Ile.
Une association religieuse, la Mission internationale de résurrection des âmes, y loue des salles. Une sorte de hangar abrite un atelier de réparation mécanique. De l’autre côté du mur, un restaurant clandestin dont la cuisine a de quoi rebuter le rat le plus affamé. Dans les salles, pas d’aération, ni d’issue de secours, et des bidons d’essence et de combustible s’entassent .
« Il suffirait d’un rien pour que tout flambe », s’étrangle Michèle Etcheberry, adjointe au maire chargée des affaires sanitaires et sociales. Dans la cour, jonchée de détritus, une vingtaine de boîtes aux lettres laissent imaginer un système de domiciliation plus ou moins légal.
En ce qui concerne les appartements, la ville doit produire une mise en demeure pour contraindre le propriétaire à effectuer des travaux. « La partie qui accueille du public, on va la fermer, tonne Philippe Sarre. En cumulant tous les loyers, ceux de l’association, du resto, du garage, des logements, etc., il se fait 8000 € par mois. Cet homme n’est pas qu’un marchand de sommeil, c’est un voyou! »



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