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LES ACTES DE RACISME ET D'ANTISÉMITISME EN FORTE HAUSSE
PARIS (Reuters) - 2004 a été marquée par une explosion des actes racistes, antisémites et xénophobes en France, écrit la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) dans son dernier rapport, remis lundi au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
Les manifestations de racisme et d'antisémitisme "se multiplient dangereusement en France et ont atteint l'an dernier "des sommets exceptionnels et inquiétants" et des niveaux "jamais atteint depuis 1990", peut-on lire dans ce document.
Selon la commission, le nombre total des faits racistes et antisémites, violences et menaces confondues, a été en 2004 de 1.565, en progression de 132,5 % par rapport à 2003 (833).
"La tendance, qui était globalement à la baisse durant les années 1990, s'est inversée", déplore la CNCDH, qui se raccroche à "une tendance à la déflation" de ces actes au cours du dernier trimestre 2004, "qui pourrait se poursuivre début 2005".
Les actes violents contre les personnes et les biens, ont atteint un total de 369 en 2004, contre 189 l'année précédente et 314 en 2002. Cette violence a fait 56 victimes en 2004, chiffre jamais atteint (le nombre maximum de victimes avait été jusque-là de 41, en 2002, dont un mort).
Les profanations de lieux de cultes et de cimetières juifs et musulmans se sont multipliées - 65 profanations en 2004 (46 édifices religieux et 485 monuments funéraires touchés), contre 44 en 2003 - particulièrement en Alsace.
La CNCDH note une forte recrudescence des violences et menaces en milieu scolaire : 189 exactions, c'est-à-dire 12 % des faits, en progression de 20,4 % par rapport à 2003 (157).
En 2004 environ 10 % des établissements ont été touchés, avec 1.275 actes racistes et antisémites dans le second degré, dont les trois quart dans des collèges. Plus de 75 % de ces incidents ont fait l'objet de poursuites disciplinaires.
La Commission fait état d'un regain de l'implication de l'extrême-droite dans les faits racistes et antisémites : alors que sa part était tombée de 90 % dans les années 1994-1999 à 14 % en 2002, elle est remontée à 18 % en 2003 et à 30 % en 2004.
Les milieux d'extrême-droite seraient à l'origine de 292 actes racistes et xénophobes, soit 23 % des violences et 59% des menaces, contre 15% et 55% en 2003.
Ces mêmes milieux seraient à l'origine de 163 actes antisémites, soit 7 % pour les violences graves et 19 % pour les menaces - selon la CNCDH, il apparaît que l'extrême-droite vise moins la communauté juive que les immigrés arabo-musulmans.
De façon générale, l'antisémitisme, moins actif dans les années 1990 que les autres formes de racisme, est repassé au-dessus du seuil des 50 % depuis 2000.
L'ANTISEMITISME DEPASSE LE RACISME
Cette tendance s'est accentuée en 2004 avec 970 faits antisémites pour 595 faits racistes d'une autre nature. Les actes d'antisémitisme ont augmenté de 61,4 % par rapport à 2003. Ils ont constitué en 2004 62 % de l'ensemble des manifestations racistes, alors que la population d'origine juive est évaluée à 1 % de la population nationale.
La gravité de la violence antisémite s'accroît avec 117 agressions physiques dont 53 prenant pour cibles des mineurs. Elle a fait en 2004 36 blessés (22 en 2003 et 18 en 2002).
Les menaces antisémites et révisionnistes ont de même augmenté, passant de 474 en 2003 à 750 en 2004.
En milieu scolaire, 133 exactions antisémites ont été enregistrées en 2004 par le ministère de l'Intérieur (au lieu de 47 en 2003), soit 14 % de l'ensemble, avec 43 violences.
Les services de police estime à 26,8 % la part prise par les milieux d'origine arabo-musulmane dans la violence antisémite. Mais si on avait noté les années précédentes une corrélation entre les flambées antisémites et des évènements de l'actualité internationale, 2004 ne semble pas reproduire le même schéma.
"Les auteurs d'exactions antisémites semblent moins réactifs à l'actualité", souligne la CNCDH. "Mais l'inquiétude n'est pas moins grande puisqu'on en déduirait que l'antisémitisme s'installe, à haut niveau, de manière continue et durable.
Les faits de racisme et de xénophobie, principalement anti-maghrébins, ont pour leur part été multipliés par 2,5 en 2004 par rapport à 2003 : on est passé d'un total de 232 faits en 2003 à 595 en 2004. La gravité de ces faits reste élevée avec 20 blessés (11 en 2003 ; 21 en 2002 et un mort).
C'est l'Ile de France qui vient en tête des violences racistes et xénophobes (41 %), suivie des régions Rhône-Alpes, Corse, PACA et Alsace, par ordre décroissant.
Pour la première fois, les actes de violence en Corse (81) sont inférieurs à ceux relevés dans l'Hexagone (88). "Il n'en demeure pas moins que proportionnellement à la population, la situation corse demeure très préoccupante", souligne la CNCDH.
En 2004, un plus grand nombre d'auteurs de faits racistes et antisémites ont été arrêtés : 334 dont 209 pour des faits antisémites et 125 pour d'autres faits racistes et xénophobes.
Selon le rapport, 156 auteurs ou suspects de violences ont été présentés à la justice (81 en 2003), dont 85 pour des faits antisémites et 71 pour des actions racistes ou xénophobes ; 207 auteurs de menaces et intimidations ont été présentés à la justice (79 en 2003), dont 130 pour des faits antisémites et 77 pour des actions racistes ou xénophobes.
La CNCDH souligne cependant que ces statistiques "ne peuvent être considérées comme exhaustives", les faits n'étant pas tous signalés, et qu'elles rendent imparfaitement compte du racisme et de l'antisémitisme. Elles ne prennent notamment pas en compte les discriminations à l'emploi et au logement.
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